La chaire de l'église de Saint-Cloud

par Ernest Charles Démosthène Guilbert

    Situé au débouché du pont Alexandre III, aux Invalides, un immense palais de stuc, le pavillon des manufactures françaises offrait au regard une débauche de sculptures, de frises et de céramiques le long d’une allée qui allait du bord de Seine jusqu’à l’actuel musée des Invalides.

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La chaire de l'église de la ville de Saint-Cloud, se situait dans le batiment de droite, façade ensoleillée, près du pont alexandre III. On peut imaginer que la personne qui sort du palais vient de contempler la chaire. A la toute droite de la photo, on distingue la porte de Sèvres, qui se trouve aujourd'hui près de l'église Saint-Germain des Près.

    La chaire de l'église de Saint-Cloud présentée dans le pavillon des manufactures nationales a sans doute peu marqué les esprits à l'exposition de 1900 excepté, selon les dires du curé de la paroisse, l'abbé Deffaux, les clodoaldiens qui furent nombreux à faire le pélerinage à l'exposition pour voir leur chaire qu'ils ne pourront admirer dans leur église qu'en novembre.

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    La chaire à prêcher de l’église paroissiale de Saint-Cloud, sculptée par Ernest Charles Démosthène Guilbert se trouvait dans la classe 66 du Pavillon des manufactures françaises consacrée à la décoration fixe des édifices publiques et habitations. Il s’agissait « des ouvrages d’art destinés à orner les surfaces principales des demeures, d’une manière moins fugitive que les meubles proprement dits, les objets d’art aisément transportables, les tentures, les tapisseries ou les ustensiles servant à la vie, même exécutés par de grands décorateurs » (classe 66 du rapport du jury international de l’Exposition universelle de 1900, par Arsène Alexandre, critique d’art).

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    Les articles du « Bulletin paroissial » conservés dans les archives paroissiales de l’église Saint-Clodoald renseignent avec précision sur la genèse et les conditions de présentation de cette chaire à l’Exposition Universelle de 1900. Le curé commanditaire de la chaire, Edouard Deffaux, écrit dans le bulletin paroissial du 20 mai 1900 : « La chaire est à l’Exposition, et, à partir du mardi 22, on pourra la voir complètement finie et installée. Elle se trouve, comme je vous l’ai dit dans la classe 66, groupe XII ; ….Il y a dans cette même salle des autels, des statues religieuses, et deux autres chaires, l’une venant d’Angers, l’autre de Beauvais, m’a-t-on dit…Il a fallu prendre l’emplacement qui nous était désigné, et monter la chaire de Saint-Cloud de telle sorte qu’elle ne masquait pas les œuvres des exposants voisins. Il en est résulté quelques légers inconvénients … D’abord notre chaire n’est pas avantageusement éclairée, comme elle le sera dans l’Eglise ; ensuite, on ne pourra pas en faire le tour, voir l’effet qu’elle produira par derrière et à distance enfin, L’Ange qui surmonte l’abat-voix se trouve écrasé par le plafond dont il est trop près, tandis que dans l’Eglise il sera séparé de la voûte par une hauteur de 10 mètres » L’article du bulletin paroissial du 21 octobre 1900 précise que dès la clôture de l’Exposition qui aura lieu le 6 novembre « la chaire sera immédiatement démontée et transportée dans l’Eglise pour être remontée et mise à la place qu’elle doit occuper » (soit la deuxième travée en partant du chœur).
    Enfin, dans l’article du 10 mars 1901, le 2e vicaire, Hippolyte Ferret affirme « Et ce fut pendant la durée de l’Exposition un véritable pèlerinage de paroissiens de Saint-Cloud à la section des Arts décoratifs, où, complètement terminée, notre chaire frappait plus encore par son bon goût que par la majesté de ses proportions ». Elle « retenait à juste titre l’admiration générale ».

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    Les pensées qui présidèrent à la conception et à l’exécution de la chaire sont également précisément détaillées dans ces bulletins paroissiaux. Le projet de cette chaire a été dirigé par le curé de la paroisse, l’abbé Deffaux, dès 1898.
    Au mois de juin de cette année, son vicaire écrit à ses ouailles dans le bulletin paroissial hebdomadaire : « Le piédestal de la chaire, colonne à chapiteau roman, sera flanqué de trois statues, taillées en plein bloc, et représentant Saint-Pierre au milieu, à droite l’évangéliste Saint-Jean, à gauche Saint-Cloud… Dans les bas-reliefs de la cuve seront représentés au-dessus de Saint-Jean la nativité ; au-dessus de Saint-Pierre, le Crucifiement ; au-dessus de Saint-Cloud, l’ascension. Dominant l’abat-voix et descendant du ciel, ailes déployées, l’ange de l’inspiration divine semblera souffler le prédicateur. » Il ajoute que cette œuvre sera exposée en 1900 à l’exposition universelle, section des Arts décoratifs avant d’être définitivement installée dans l’église. « Le statuaire est monsieur Guilbert, chevalier de la Légion d’honneur, membre du Jury pour la sculpture ». Mais monsieur le curé n’a pas encore la somme de 10 000 à 12 000 francs necessaire à la réalisation de cette chaire. Il ouvre alors une souscription et publie chaque semaine les noms des généreux donateurs. Pour attirer les paroissiaux, il promet « douze messes par an pour le repos des âmes des donateurs et leurs parents ou descendants. Le titre de cette fondation sera inaliénable, inoubliable, il durera des siècles… », gourmande-t-il.

   

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Il prévoit aussi de faire sculpter les noms des donateurs au dos de la chaire. En janvier 1899, l’exécution de la nouvelle chaire est bien avancée. La maquette de 3 mètres de haut composée de fer, de bois et recouverte de terre glaise sera achevée au mois d’avril. On en fera un moulage en plâtre qui sera ensuite livré aux praticiens, c’est-à-dire aux artisans menuisiers qui sculpteront le bois. A cette époque, il n’a recueilli que la moitié de la somme.

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    Le pape Léon XIII prête ses traits à Saint Pierre, Saint-Jean l’évangéliste prend ceux de l’artiste et Saint-Cloud, très modestement, hérite des traits du curé lui-même. En janvier 1900, il ne manque plus que 1 000 francs pour clore la souscription. L’esquisse en plâtre de cette chaire, provenant de l’église Saint-Clodoald, et déposée au musée des Avelines, représente l’évangéliste Saint-Jean sous les traits du sculpteur. Elle est donc à la fois une œuvre préparatoire à la réalisation de la chaire et un autoportrait de l’artiste.